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Capitale: Port-au-Prince
Population: 7,1 millions (2001)
Langues officielles: français et créole
Groupe majoritaire: créole (98,5 %)
Groupes minoritaires: français (1,5 %)
Système politique: république
Articles constitutionnels (langue): art. 5, 24, 40, 211 et 213 de la Constitution de 1987
Lois linguistiques: la Loi sur la planification de la campagne d'alphabétisation (1961), la Loi organique du département de l'Éducation nationale (1979), la Loi autorisant l'usage du créole dans les écoles comme langue d'enseignement et objet d'enseignement (1979), le Décret organisant le système éducatif en vue d'offrir des chances égales à tous et de refléter la culture haïtienne (1982).

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  Situation générale
 

Haïti est un État situé dans la partie ouest de l'île d'Haïti (ou île d'Hispaniola) qu'il partage avec la République dominicaine (partie est). C'est la seconde plus grande île des Grandes Antilles après Cuba.
Haïti est donc limité à l'est par la République dominicaine, mais bordé de tous côtés par l'Atlantique et la mer des Caraïbes. Le pays occupe 36 % de la surface de l'île, soit 27 750 km² dans sa partie occidentale. On constate aussi que Haïti est formé de deux péninsules séparées par le golfe de la Gonâve.

Dans le golfe de la Gonâve se trouve l'île de la Gonâve, la plus grande des îles situées au large des côtes d'Haïti. Les autres îles sont (voir la carte) l'île de la Tortue tout au nord du pays (au large de Port-de-Paix), et l'île à Vache, au sud-ouest (au large des Cayes).

Haïti est divisé en neuf départements dirigés par un délégué nommé par le gouvernement: le Centre, le Nord, le Nord-Est, le Nord-Ouest, l'Artibonite, l'Ouest, le Sud, le Sud-Est et la Grande-Anse (voir la carte). La capitale, Port-au-Prince, est de loin la ville la plus importante du pays, avec 1,1 million d'habitants; elle est située au fond du golfe de la Gonâve. Les autres agglomérations, bien plus petites, sont Cap-Haïtien au nord, Les Cayes au sud et Les Gonaïves au nord-ouest. L'île d'Haïti compte donc deux États: à l'est, la République dominicaine, à l'ouest, la république d'Haïti.

Données démolinguistiques

La population d'Haïti était estimée à 7,1 millions d'habitants en 2001. Environ 74% de la population vit en zone rurale. La quasi-totalité des Haïtiens, soit 95 %, descendent des esclaves noirs, le reste de la population étant constitué de Mulâtres (issus d'un métissage entre Africains et Français). Aujourd'hui, on estime que presque 400 000 personnes (environ 5 %) parlent le français, à des degrés divers. Bref, pratiquement toute la population de la république d'Haïti parle le créole haïtien comme langue maternelle.

Le créole haïtien fait partie des créole français parce que sa base lexicale est en grande partie fondée sur le vocabulaire français, bien que sa grammaire soit restée d'origine africaine. Aujourd’hui, on distingue le créole martiniquais, le créole guadeloupéen, le créole haïtien, le créole dominicain, le créole saint-lucien, le créole réunionnais, le créole guyanais, le créole seychellois, le créole mauricien, etc. La population créolophone à base française est estimée à environ 8,5 millions de locuteurs, dont sept millions en Haïti, environ un million à l'île Maurice, 600 000 à la Réunion, 380 000 à la Martinique, 425 000 à la Guadeloupe, 70 000 aux Seychelles, etc.

L’intercompréhension entre les créoles français est relativement aisée. Par exemple, un créolophone de la Martinique (Antilles) et un autre de La Réunion (océan Indien) peuvent se parler en utilisant chacun son créole sans trop de problèmes de communication. Il reste que l’accent, l’intonation, un nombre plus ou moins important de termes inconnus, de même que certains éléments grammaticaux et des tournures syntaxiques, peuvent néanmoins entraver la compréhension, surtout lorsque les créolophones sont moins instruits. Évidemment, un locuteur du créole à base de français voit sa marge de compréhension rétrécir considérablement s’il parle à un locuteur du créole à base d’anglais; la compréhension risque de se limiter à des messages très simples.

Données historiques

À l'origine, l'île était peuplée par les Arawaks (ou Taïnos) et les Caraïbes. Les premiers indigènes avaient nommé leur île, selon le cas, Ayiti, c'est-à-dire «Terre des hautes montagnes», Quisqueya et Bohio. Lorsque Christophe Colomb aperçut cette île pour la première fois, l'île d'Ayiti comptait probablement quelques centaines de milliers d'habitants.

Christophe Colomb découvrit l'île en 1492 et la baptisa Española («l'Espagnole») que les cartographes confondront en Hispaniola («Petite Espagne»). L'île d'Hispaniola fut organisée en colonie par Bartolomeo Colomb — le frère de Christophe — qui fonda, en 1496, la Nueva Isabela (la «Nouvelle Isabelle», du nom de la reine de Castille), laquelle deviendra plus tard Santo Domingo (Saint-Domingue, en français). Les Espagnols soumirent les Arawaks et les Caraïbes à des travaux forcés afin d'extraire l'or des mines. En moins de vingt-cinq ans, les populations autochtones de Santo Domingo furent complètement décimées. Les Espagnols firent alors venir des Noirs d'Afrique pour remplacer les autochtones. Originaires de diverses ethnies, les esclaves noirs parlaient des langues africaines diverses. Durant tout le XVIe siècle, Santo Domingo devint la métropole des colonies espagnoles du Nouveau Monde. Dès que l'île commença à ne plus rapporter de l'or, elle suscita moins d'intérêt pour les Espagnols. Vers 1545, ceux-ci concentrèrent leurs efforts dans la partie orientale de l'île qui recelait d’or avec abondance.

 

La colonisation française

 

C'est alors que les Français s'intéressèrent à la partie occidentale de l'île. Déjà, des flibustiers et des boucaniers français s'étaient établis sur l'île de la Tortue au nord et tentaient périodiquement des incursions sur la «Grande Terre». En dépit des efforts des Espagnols pour repousser les Français, ceux-ci finirent par occuper la partie ouest de la «Grande Terre». Sous l'impulsion du ministre Colbert, la colonie prit son essor. La première capitale de la colonie, Le Cap (qui allait devenir Cap-Haïtien), fut fondée en 1670 par les Français. Lors du traité de Ryswick (1697), l'Espagne reconnut à la France la possession de la partie occidentale de l'île, qui devint alors la colonie de Saint-Domingue (la future Haïti), tandis que l’Espagne conservait la partie orientale qui était toujours appelée Hispaniola (la future République dominicaine). Dans la partie française, Saint-Domingue, les Français continuèrent d'importer des esclaves noirs pour travailler dans les plantations de canne à sucre. Ces derniers avaient développé une langue particulière qui allait devenir le créole.

C'est au cours de cette période que fut appliqué le fameux Code noir, une ordonnance de Louis XIV destinée à réglementer le régime de l’esclavage et précisant les devoirs des maîtres et des esclaves. Ce Code noir, qui resta en vigueur dans toutes les Antilles, et en Guyane française jusqu'en 1848 (date de l'abolition définitive de l'esclavage par la France), fut rarement respecté. Bien que ce code ne traitât pas des questions de langue, il dépouillait l’esclave de toute son identité. En effet, après le baptême catholique obligatoire, l'Africain devenait un Nègre et changeait de nom, abandonnant ses habitudes vestimentaires et sa langue, puis était marqué au fer rouge et affecté au travail servile.

La colonie de Saint-Domingue devint l'une des colonies les plus riches des Antilles. À la fin du XVIIe siècle, la valeur des exportations de Saint-Domingue (Haïti) dépassait même celle des États-Unis; cette prospérité reposait sur les cultures commerciales de sucre et de café pratiquées dans de grandes plantations employant près de 500 000 esclaves noirs et encadrés par 30 000 Blancs. En 1789, à la veille de la Révolution française, la colonie de Saint-Domingue comptait plus de 600 000 esclaves, ce qui était un nombre nettement supérieur par rapport au nombre des Blancs (moins de 50 000).

La révolte des Noirs débuta dès 1791, alors que plus de 1000 Blancs furent assassinés, et les sucreries et les caféteries, saccagées. Sous la conduite de leurs chefs — Toussaint-Louverture (dit Toussaint Bréda), Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Alexandre Pétion —, les Noirs menèrent une guerre de libération. Craignant «de voir passer dans des mains ennemies la propriété de Saint-Domingue», le représentant de la Convention à Paris, le commissaire Santhonax, proclama la liberté des esclaves le 29 août 1793, pour la province du Nord, et le 4 septembre dans la province du Sud. Le 2 février 1794, la Convention confirma cette déclaration et étendit l'abolition de l'esclavage à toutes les colonies françaises. Toussaint-Louverture se rallia au gouvernement français, et il fut nommé général de la République et gouverneur de l’île. Mais la menace du rétablissement de l'esclavage par Napoléon amena Toussaint-Louverture à reprendre les armes contre la France. En 1801, Toussaint-Louverture prit même possession de la partie orientale de l'île qu'il souhaitait rattacher à Saint-Domingue (Haïti). En 1802, il fut fait prisonnier par les Français qui l'internèrent au fort de Joux, dans le Jura, où il mourut des rigueurs du climat (1803). Son surnom de Louverture (ou L'Ouverture) lui serait venu des «brèches» qu'il ouvrait dans les rangs de ses ennemis (français, britanniques ou espagnols). Conscient de sa valeur comme militaire, il n'avait pas hésité à envoyer à Napoléon une lettre en commençant par ces mots: «Du Premier des Noirs au Premier des Blancs.»

Avec l'aide des Britanniques et des Espagnols, la longue guerre de libération aboutit à la défaite des armées françaises en novembre 1803. L'indépendance fut proclamée le 1er janvier 1804 et la colonie de Saint-Domingue devint officiellement Haïti (provenant du mot amérindien Ayiti) la première république noire libre. Voici la déclaration de l'Acte d'indépendance:


Gonaïves, le 1er janvier 1804, an 1er de l'Indépendance
Aujourd'hui premier janvier, mil huit cent quatre, le général en chef de l'armée indigène, accompagné des généraux, chefs de l'armée, convoqués à l'effet de prendre les mesures qui doivent tendre au bonheur du pays;
Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intentions d'assurer à jamais aux indigènes d'Haïti un gouvernement stable, objet de sa plus vive sollicitude; ce qu'il a fait par un discours qui tend à faire connaître aux puissances étrangères la résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d'une liberté consacrée par le sang du peuple de cette île; et, après avoir recueilli les avis, a demandé que chacun des généraux assemblés prononçât le serment de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination et de combattre jusqu'au dernier soupir pour l'indépendance.
Les généraux, pénétrés de ces principes sacrés, après avoir donné d'une voix unanime leur adhésion au projet bien manifesté d'indépendance, ont tous juré à la postérité, à l'univers entier, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.
Fait aux Gonaïves, le 1er janvier 1804, et le 1er jour de l'indépendance d'Haïti

 

L'indépendance

 

C'est Jean-Jacques Dessalines qui avait expulsé les derniers Français et proclamé l’indépendance de Saint-Domingue. Il prit aussitôt le titre d’empereur en 1804 sous le nom de Jacques Ier. Le français fut utilisé comme langue officielle de facto, et ce, même si la totalité de la population parlait le créole. Après l’assassinat de Dessalines, en 1806, le pays se scinda en deux: au nord, un royaume dirigé par Henri Christophe, au sud une république gouvernée par un mulâtre Alexandre Sabès, dit Pétion. Les Haïtiens ne parvinrent à se maintenir que dans la partie occidentale de l’île. Le traité de Paris de 1814 rattacha à nouveau Santo Domingo à l’Espagne. La dictature imposée par l'Espagne provoqua, en décembre 1821, la révolte des Dominicains qui proclamèrent à leur tour leur indépendance. En Haïti, une période confuse ne faisait que commencer, quand on sait que, entre 1804 et 1957, quelque 24 chefs d'État sur 36 seront renversés ou assassinés.

En 1822, le président haïtien Jean-Pierre Boyer annexa la partie orientale de l'île. Toutefois, l’antagonisme entre les Noirs d’Haïti, les Créoles et les Métis hispanophones rendit l’unification de l’île pratiquement impossible. Une insurrection chassa en 1844 la garnison haïtienne de Saint-Domingue et entraîna la proclamation de la «république de Santo Domingo» (partie orientale). Fragilisée par la menace d’une invasion haïtienne, la nouvelle république de Santo Domingo demanda l'aide de l’Espagne qui annexa à nouveau le pays (lequel redeviendra définitivement indépendant en 1865 sous le nom de República Dominicana ou République dominicaine). En 1849, Faustin Soulouque, un Noir, se proclama empereur (Faustin Ier) d'Haïti et se lança dans une sévère répression contre les Mulâtres; il régna en despote sur le pays pendant dix ans, avant d’être renversé, en 1859, par le Mulâtre Nicolas Geffrard, qui restaura la République et gouverna le pays jusqu’en 1867. Après avoir été mis au ban des nations, Haïti fut progressivement reconnu par la France, puis par le Saint-Siège et les États-Unis.

 

L'occupation américaine

 

Le pays fut, dans les faits, gouverné exclusivement par des Mulâtres jusqu'en 1910 et connut une période de prospérité relative. Dès 1906, les compagnies américaines commencèrent à construire des voies ferrées et à exproprier les paysans sans titres de propriété. Les Américains finirent par occuper militairement Haïti, le 28 juillet 1915. En 1918, tout le pays fut en état d’insurrection. On estime que la guérilla a fait au moins 15 000 morts. Washington mit alors en place un gouvernement soumis à ses volontés et s’engagea en contrepartie à fournir à Haïti une aide politique et économique. Au cours de cette période, Les Américains firent adopter trois lois restreignant la liberté de la presse.

Les travaux de modernisation, dont la mise en place d’une infrastructure routière, l'amélioration des techniques agricoles et le développement du réseau téléphonique furent accélérés. Toutefois, cette marche forcée vers la modernité se fit aux dépens des couches les plus défavorisées de la population. Les Haïtiens conservèrent une forte hostilité envers l'occupant américain qui n'hésitait pas, si la situation semblait l'exiger, à fusiller des Haïtiens par centaines à la fois. En août 1934, les États-Unis quittèrent Haïti. La fin de l’occupation, ajoutée aux conséquences de la crise économique mondiale, engendra le retour à l’instabilité et encouragea les velléités dictatoriales des dirigeants locaux.

 

La dictature des Duvalier

 

Arrivé au pouvoir en août 1945, Dumarsais Estimé, un militant de la cause noire, fut renversé en novembre 1949 par une junte militaire. L'exercice effectif du pouvoir resta entre les mains de l’armée jusqu’en septembre 1957, date à laquelle François Duvalier, dit «Papa Doc», un ancien membre du gouvernement d'Estimé, fut élu président de la République, grâce au soutien des Noirs qui virent en lui le moyen de mettre fin au règne des Mulâtres.

Dès le départ, François Duvalier imposa une politique répressive en interdisant les partis d’opposition, en instaurant l’état de siège et en exigeant du Parlement l’autorisation de gouverner par décrets (31 juillet 1958). Le 8 avril 1961, il prononça la dissolution du Parlement.
Le régime s’appuya sur une milice paramilitaire, les Volontaires de la sécurité nationale surnommés les «tontons macoutes». Avec cette garde prétorienne personnelle, il neutralisa l’armée, sema la terreur dans tout le pays et parvint à étouffer toute résistance. Après des rumeurs de complot, il renforça la répression et, en 1964, il se proclama «président à vie». Il exerça jusqu'à sa mort une implacable dictature (on compta 2000 exécutions pour la seule année 1967). En janvier 1971, une modification de la Constitution permit à François Duvalier de désigner son fils, Jean-Claude, comme successeur.

À la mort de Papa Doc, le 21 avril 1971, Jean-Claude Duvalier, 19 ans (d’où son surnom de «Baby Doc»), accéda à la présidence de la République. Amorçant une timide libéralisation du régime, Jean-Claude Duvalier exerça une dictature dont son père aurait été fier. Puis, son régime s'enfonça dans la corruption et l'incompétence. En 1986, un soulèvement populaire renversa le fils Duvalier qui partit se réfugier dans le sud de la France et... dépenser sa fortune (ce qui est maintenant fait).

Toutefois, la fin de la dictature des Duvalier ne signifia pas la fin de la répression. Une junte militaire dirigée par le général Henri Namphy s'empara aussitôt du pouvoir. Un nouveau coup d'État remplaça la junte par le général Prosper Avril qui demeura au pouvoir de 1988 à1990. Acculé au départ en mars 1990, il démissionna pour ouvrir la voie à des élections sous contrôle international.

 

Un bref retour à la démocratie

 

Madame Ertha Trouillot, choisie par la Cour de cassation, exerça la présidence d'un gouvernement civil de transition. Jean-Bertrand Aristide, un prêtre catholique qui s’était fait l’avocat des pauvres, remporta la victoire en décembre 1990. Son accession à la présidence de la République redonna un peu d'espoir au peuple haïtien, mais, en septembre 1991, il fut renversé par une junte militaire dirigée par le général Raoul Cédras (1993); il se réfugia alors aux États-Unis.

Après que la situation politique et économique se fut passablement dégradée, les États-Unis décidèrent d'intervenir militairement. Les troupes américaines débarquèrent en Haïti le 19 septembre 1994. Le 15 octobre 1994, le président Aristide fut rétabli dans ses fonctions, qu'il laissa à René Préval, élu à la présidence de la République en 1995. Le mandat d'Aristide touchait à sa fin et la Constitution ne l’autorisait pas à en briguer un second consécutivement.

Élu en décembre 1995, l’ancien premier ministre René Préval entra en fonction en février 1996. Il tenta de remettre en état les infrastructures du pays. Le gouvernement haïtien dut faire face à une opposition constituée de ses anciens alliés. Cependant, ce ne fut qu'après deux années marquées de graves incidents (plusieurs assassinats politiques) que le président René Préval et cinq partis d’opposition parvirent à un accord pour former un nouveau gouvernement.

Des élections législatives ont été organisées pour mai 2000. En novembre de la même année, Jean-Bertrand Aristide fut proclamé vainqueur de l’élection présidentielle avec 91 % des suffrages exprimés. Compte tenu des irrégularités commises lors des élections, le président Aristide (seconde manière) commença un mandat controversé. Ce scrutin fut marqué par de multiples malversations et plongea à nouveau le pays dans une situation des plus confuses. De plus, le trafic de drogue a dépassé les records atteints sous la junte militaire. Quant à la classe moyenne, elle n'a pas semblé apprécier l'ancien «petit curé». Elle lui a reproché ses sermons, ses origines, son caractère imprévisible et son emprise sur les masses. Ses adversaires considéraient Aristide comme un dangereux démagogue, voire le champion de la duplicité et du vol.
Enfin, «Titid», comme l'appelle le peuple, n'a jamais digéré les trois ans volés lors de son exil forcé à Washington. Par peur, il s'est défendu et a eu tendance à devenir plus autoritaire, comme bien d'autres l'ont fait avant lui! Depuis les élections de 2000, c'était l'impasse entre le Lafanmi Lavalas, le parti du président, et l'Organisation du peuple en lutte, qui contrôlait le Parlement. C'est un véritable régime d'anarchie qui s'est de nouveau installé en Haïti.

Puis, le 29 avril 2004, Jean Bertrand Aristide a fini par démissionner de la présidence haïtienne, alors que sont arrivés les premiers Marines américains, avant-garde d'une force internationale envoyée par l'ONU pour ramener l'ordre dans la capitale, Port-au-Prince. Ces forces comprennent des troupes américaines, françaises, canadiennes et d'autres des Caraïbes. Peu après le départ d'Aristide, le président de la Cour de cassation d'Haïti, Boniface Alexandre, a annoncé qu'il assurait l'intérim en vertu de la Constitution.

Malheureusement, Haïti est resté l'un des pays les plus pauvres du monde et une partie importante de sa population survit dans des conditions très précaires. Le pays atteint un chômage officiel de 60 % et un produit intérieur brut par habitant de 469 $ US par année, une espérance de vie de moins de 50 ans pour les hommes et de 54 ans pour les femmes. D'après l'indice de développement humain des Nations unies, Haïti se classe 150e sur les 173 pays recensés. Pourtant, le temps presse pour redresser ce pays, car on estime que le nombre d'habitants pourrait atteindre les 20 millions en 2019. Or, 20 millions de personnes dans un état de misère inacceptable, aux portes des Amériques, c'est une bombe à retardement qu'il faudrait désamorcer tout de suite.

 

www.tlfq.ulaval.ca/axl/amsudant/haiti.htm